Tryphon le cachalot du Saint-Laurent


 


Cet article de 2009 du Soleil de Québec et mon sejour recent sur le bord du Saguenay à l’Anse Saint-Jean m’ont inspire une toile inattendue: Tryphon le cachalot du Saint-Laurent.
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Johanne Labbé, Tryphon le cachalot du Saint-Lauret, encre et lavis sur papier d’Arches marouflé sur toile de coton. 20 C 20 X 1 1/2 po.
2019.

《Le dimanche 28 juillet 2009

Québec
25°C
11 juillet 2009 Mis à jour à 11h42

Tryphon le cachalot: une amitié de 18 ans

JACQUES SAMSON
Le Soleil
La fin tragique de Tryphon le cachalot, le 23 juin, mettait fin à une amitié qui durait depuis 18 ans entre le grand mammifère marin et ceux qui ont observé sa présence durant pratiquement deux décennies.
Au bout du fil, j’avais récemment Robert Michaud, un biologiste, membre fondateur il y a 25 ans du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) et toujours son directeur scientifique, qui a été témoin de la première présence de Tryphon dans le Saint-Laurent, en mai 1991, aux Bergeronnes.
C’est avec beaucoup d’affection, et j’ajouterais avec beaucoup d’émotion, que ce scientifique parle des efforts qui ont été déployés pour essayer de trouver et de sauver Tryphon. Pour lui, c’était la mobilisation naturelle qu’on déploie pour venir en aide à un mammifère marin en difficulté, mais celle-ci prenait une dimension particulière parce que c’était Tryphon, le premier cachalot recensé dans le Saint-Laurent.
Robert Michaud a été un témoin privilégié de cette première présence du grand cachalot dans le fleuve. En ce matin de printemps 1991, Tryphon s’est montré le bout du nez, ou devrais-je dire de la queue, dans la région des Bergeronnes, prenant tout le monde au dépourvu. Les embarcations du groupe de M. Michaud n’étaient même pas à l’eau et on a dû emprunter d’autres embarcations pour aller l’observer. À ce moment, on a en fait les premières photos.
Après, année après année, sauf à quelques exceptions, Tryphon revenait dans son territoire. Et au fil des ans, il était accompagné de plus en plus de cachalots. À un certain moment, Robert Michaud en a compté une quinzaine qui avaient fait le voyage avec Tryphon. Lors de son observation, ils étaient tous collés les uns aux autres, offrant un spectacle grandiose.
C’est un autre membre fondateur du GREMM qui a donné le nom de Tryphon au grand cachalot. Lors des premières observations, on avait remarqué que son lobe droit avait deux grandes entailles qui  rappelaient la coquille ouverte d’une fleur de tournesol. Alors, en l’honneur du Professeur Tournesol, dont le prénom est Tryphon, on a ainsi baptisé le mammifère.
D’ailleurs, tous les cachalots du Saint-Laurent ont un nom inspiré des personnages de la bande dessinée Tintin, créée par Hergé. Outre Tryphon, il y a aussi Bianca, Rackham et une trentaine d’autres. «Pas encore de Tintin ni de capitaine Haddock», précise Robert Michaud.
Cette façon d’identifier les cachalots par leurs marques naturelles et de leur donner un nom permet de les suivre tout au long des années et de toujours en connaître un peu plus sur leurs coutumes. Au GREMM, basé à Tadoussac, on peut vous raconter l’histoire de chacun d’eux.
Vie sociale
Dans ses recherches avec les membres de son équipe, Robert Michaud a constaté que les cachalots avaient une vie sociale très impressionnante, un peu semblable à celle des grands éléphants.
La confrérie des cachalots semble être basée sur une société matriarcale dans laquelle les femelles, les grands-mères en particulier, ont une influence remarquable sur la famille. Ce sont les grands-mères qui transmettent plein de connaissances à tous les descendants.
Le cachalot n’avait pas été observé dans le Saint-Laurent avant 1991, mais ça ne semble pas signifier pour autant à M. Michaud qu’il n’y était pas avant. Il parle plutôt d’un retour. Pour lui, c’est comme si les cachalots, Tryphon en tête, faisaient un retour dans leurs mers ancestrales.
Ce grand mammifère est maintenant protégé, et sa population semble en croissance.
Voilà, ça conclut les aventures de Tryphon le cachalot, et je pense que ce grand mammifère marin continuera longtemps à hanter notre imaginaire.》

 
 

Ma première expo!

Johanne Labbé

L’art visuel et littéraire figure depuis toujours au cœur de ma vie. D’abord étudiante en art graphique au Cegep, j’ai par la suite complété des études littéraires (Baccalauréat), en sociologie (propédeutique) et enfin en gestion (M.B.A.).

Ma carrière professionnelle s’est déroulée en santé et sécurité au travail, mais je n’ai jamais cessé de suivre des ateliers de création, tels ceux du Musée d’art contemporain de Montréal, du peintre Seymour Segal, de la galerie Hors Cadre à Knowlton et plus récemment, de Marie-Christine Dubé au Carrefour des Arts à Mont-Saint-Hilaire.

J’ai par ailleurs créé le présent blogue en 2007 (Le cancer du sein de la Princessse Rebelle) illustré de toiles d’artistes de mon entourage.

Aujourd’hui je reprends les pinceaux, les crayons, les beaux papiers et l’encre de chine telle qu’à mes 17 ans, mais dotée d’une basse vision à la suite d’une maladie rare des rétines, dont je veux faire mon amie et mon défi de choix.

Pour moi la vie ne se déroule pas comme un axe linéaire avec début et fin entrelesquelles se succèdent les décennies. Ni telle un plateau de Monopoly, de la case GO à la victoire ou à l’échec selon les joueurs.

Pour moi la vie est un palimpseste(*) de papiers d’Arches superposés et fondus ensemble. Si bien que j’ai immédiatement accès à mes 17 ans lorsque je sors mes pinceaux, mes bouteilles d’encre, mes beaux papiers et que je dessine. En fait, a ce moment, j’ai 17 ans.

*Parchemin dont la première écriture, grattée ou lavée, a fait place à un nouveau texte

Pour le plaisir!

Dix ans de rémission: quand la Princesse Rebelle arbore des lunettes de bijoutier

Johanne Labbé Aimer, Hommage à Francesco Alberoni, Avril 2019, matériaux mixtes.


Je n’écris plus, je dessine, colle, maroufle, découpe et imprime. À dix ans de rémission, je ne pense plus au cancer du sein, mais je me bats comme une démonne pour conserver la vue.

J’ai perdu un énorme pan de vision, et presque complètement l’oeil gauche. L’oeil droit conserve une bonne acuité, mais confinée dans un minuscule champ de vision, un petit rectangle au plafond bas.

Les loupes, les innombrables lunettes et les logiciels de l’institut Nazareth et Louis Braille du Québec (organisme venant en aide aux personnes aveugles et de basse vision) améliorent mon autonomie et ma qualité de vie. Je vaque a mes activités avec ma vue imparfaite et je m’y habitue. Même le fait de ne plus pouvoir conduire commence à moins me titiller.

J’attends d’un jour à l’autre des lunettes de bijoutier. Lors des essais, j’ai vu presque parfaitement un petit rectangle de ma toile en cours. Comme je ne m’attendais plus à voir. Ô JOIE!

Bilan après 10 chirurgies de rétine: basse vision, loupes, 10 paires de lunettes et bientôt lunettes de bijoutier pour dessiner. Et canne blanche, en cas de rue achalandée à traverser (non je ne peux galoper à vive allure comme les autres piétons!), dans les musées (voici- pourquoi-je-m’approche-un peu-beaucoup-des-oeuvres). Enfin, où la canne blanche se distingue-t-elle comme L’ARME SUPRÊME du malvoyant? À l’aéroport, où je deviens illico VIP!

Mon rétinologue figure parmi ceux que l’on compte sur les doigts d’une main à l’échelle mondiale. Je dispose d’une vision résiduelle largement supérieure à celle qui m’attendait si j’avais refusé ses interventions. Il m’a proposé, me regardant droit dans les yeux (du moins j’imagine car les miens ne voyaient pas les siens):

《 Je vous demande de me faire confiance》.

Je la lui ai accordée, cette foi inébranlable en ses habiletés et connaissances, au fil de mes sept dernières chirurgies de rétines. Auparavant, j’en avais subi trois, aux mains de rétinologues pourtant réputés, qui se soldèrent en catastrophes. On m’a alors dirigée vers le chef du département, ce grand rétinologue avant-gardiste et audacieux. Lequel me dit aujourd’hui avoir accompli sa plus grande réussite en seize ans de carriére en pratiquant ses auto-greffes sur mes trop-trop-trop-minces rétines trouées. C’est dire ma chance inouïe.

Nouvelle tranche de vie, des pertes, des gains, mais surtout des élans irrépréssibles de création. Car en vertu d’une logique dont je possède le secret, perdre la vue m’a immédiatement donné l’idée de me remettre à dessiner!

L’art visuel était depuis toujours l’un des amours de ma vie: accro des musées er galeries, des cours d’histoire de l’art et des ateliers de création, j’y consacrais loisirs et voyages.

Aujourd’hui je reprends les pinceaux, mais cette fois au quotidien, telle qu’ à mes 17 ans. Moins torturée, plus pragmatique, mais dotée d’une basse vision dont je veux faire mon amie, mon défi stimulant, la nouvelle couche de papier sur le palimpseste de ma vie.

Où en étais-je? Ah oui! Je n’écris plus (Ben non!)…


Johanne Labbé, Vieillir, hommage à Marie de Hennezel, avril 2019, matériaux mixtes.


Chop Suey

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Chop Suey, Edward Hopper, 1929, oil on canvas,                      Collection of Barney A. Ebsworth

Je suis une fille de cafés. Seule ou avec une amie, mes soeurs, mon amoureux, parfois, mais rarement, plusieurs amis, j’ai passé des milliers d’heures de ma vie depuis mes 14 ans au café La Galoche sur la rue St-Denis de Montréal jusqu’au Petit Flore d’Ahuntsic encore aujourd’hui, en passant par moultes cafés de Québec, Magog, Paris, Bruxelles, Lisbonne, Barcelone, Vancouver, New-York, Boston, San Francisco, Santa Barbara, Amsterdam, Utrecht, Toulouse, et j’en passe.

Écrire dans un café, tel un hommage à Simone, Café de Flore, Deuxième Guerre, à ses gants de laine troués, à ses doigts gelés, représente le summum du bonheur pour moi. Rencontrer une amie à une petite table bancale, au-dessus des arômes d’Arabica fumant, détricoter les semaines récentes, nos vies, nos joies et nos lubies, constitue une nécessité pour moi. S’asseoir côte à côte aux meilleures places face à la rue et lire nos presses et tablettes en sirotant allongés sur allongés signifie le bonheur d’être à deux pour Amoureux et moi. Le café est mon temple, mon ashram, mon refuge et le lieu de ma réflexion sur la vie.

La maladie n’y passe pas la porte, elle arpente le trottoir en m’attendant, y perd des plumes,  faire les cent pas sans moi l’affaiblit. Lorsqu’elle réintègre mon corps à la sortie, elle a perdu de son emprise. Je me suis affranchie d’elle quelques heures et elle peine à reconnaître le siège de ses méfaits.

 

 

Il y a 20 ans mourait Gaston Miron

Gaston Miron

pinataJ’ai eu le privilège, en début vingtaine, avec mon ami Jean Marois, de fréquenter dans des occasions très 《 quotidiennes 》 , ce monument que fut Gaston Miron.   Ce fut par l’entremise de mon amie prof de lettres Aline Robitaille, une de ses amies proches. Je ne mesurais alors pas tout-à-fait l’envergure de ce privilège.

La vie passant, devenue maman,  j’ai un peu perdu Aline de vue et forcément Gaston Miron. Aline m’en voulait d’avoir bifurqué de mon plan d’enseigner les lettres au cegep avec elle. Le Bac en littérature  terminé, je suis passée à la sociologie en propédeutique. Jusque là, j’étais récupérable. Mais lorsque j’ai débuté une maîtrise en gestion, elle faisait semblant de ne jamais se souvenir des trois lettres MBA, frissonnante d’indignation devant mes choix. Je l’avais trahie, ma vieille amie, le mentor de mes 19 ans, mon guide.

Quant à Gaston Miron, j’ai raté une occasion de le revoir une dernière fois, dans ma fin trentaine.

Lors d’une rencontre dans un lancement de livre, nous nous sommes fixés rendez-vous, à son retour de France, quelques semaines plus tard, pour visiter ensemble cette amie Aline, alors atteinte de la maladie d’Alzeimer.

Il m’avouait ne pas en avoir eu le courage, des amis le lui ayant déconseillé. Du haut de mon insolente fin trentaine je l’ai convaincu d’y aller, comme si j’y connaissais quelque chose. Il m’a demandé de l’accompagner.

Curieusement, il m’a paru insistant quant au nombre de semaines précis au bout desquelles je devais l’appeller. Prenant ma main pour y déposer son numéro de téléphone personnel, griffonné sur sa carte, il répétait le nombre de semaines en question, pressant ma main dans la sienne et me fixant droit dans les yeux, comme s’il jugeait mon attention trop dispersée. Je me souviens lui avoir promis de ne pas oublier.

Savait-il que ses jours étaient comptés? J’imagine…

Avant que j’aie eu le temps de lui téléphoner, j’ai entendu à la radio qu’il était en phase terminale d’un cancer foudroyant à l’hôpital. J’ai cru entendre une étagère de cristal se fracasser par terre. Vous savez ces moments où l’irréparable vous saute au visage?

C’est à lui que je pense quand j’entends la chanson Le rendez-vous (où vous n’êtes pas venue. ..), de Claude Léveillée je crois?

Au coin des rues St-Denis et Gilford à Montréal, un petit cubicule de verre est érigé à son nom. C’est peut-être même un arrêt de bus? Et si je m’y tenais, les yeux fermés, un soir de pleine lune de 14 décembre, pourrais-je enfin le revoir et se souviendrait-il de sa petite admiratrice ?

Mais ce sera pour une autre année, encore une fois, mon rendez-vous merveilleux sera reporté, une pneumonie me graffignant les poumons en ce 14 décembre 2016.

Entre le grand Gaston Miron, et la toute minuscule moi, nous n’en sommes plus à une année près.

La pinata

On ne sait jamais quant le bâton va faire éclater la pinata

 

 

Du procès de la chimiothérapie (humble réflexion sur le débat en cours au Québec)

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Au chalet

J’ai survécu neuf ans à ce jour à un cancer du sein agressif au pronostic sombre, avec une chirurgie, 4 traitements de chimiothérapie très forts, 23 traitements de radiothérapie et 5 traitements de Herceptin. La chimio a été super bien reçue par mon organisme grâce à la cortisone bien dosée par la pharmacooncologue.

 

J’ai eu des pertes de mémoire et d’énergie et une ménopause provoquée qui m’ont donné un peu de mal pendant une année. Des antidépresseurs m’ont permis de bien supporter les effets secondaires de la ménopause chimique.

 

Depuis la fin des traitements j’ai eu la chance de vivre des années merveilleuses, j’ai rencontré mon mari, et je vis de grands bonheurs avec ma fille, ma famille, mes amis et mes deux petits-enfants que j’aurais pu ne jamais connaître. Bien sûr je mourrai un jour comme nous tous. Que ce soit demain ou dans deux ou 15 ans, chaque jour de ma vie post-cancer a largement valu  chacun des effets secondaires de la chimio dont j’ai souffert.

 

Le médicament qui me fit d’horribles effets et que j’ai décidé d’abandonner après une longue réflexion et plusieurs discussions avec mes spécialistes, est le Tamoxifène (antihormonal prescrit pendant 5 ans après la fin des traitements). Pourtant il convient à des milliers d’autres. Après ma décision éclairée de le cesser, mon oncologue m’a recommandé de toujours faire de l’exercice, avec sérieux. En effet l’exercice procure les mêmes avantages que le Tamoxifène.

 

Mon cas est unique et j’ai eu de la chance jusqu’ici. Jamais il ne me viendrait à l’idée de recommander mes choix à d’autres, mais je peux témoigner de cette expérience qui fut la mienne. Voilà tout.

Récidive, ce qui change

Méli Lotus vit ce que j’appréhende un peu, de moins en moins, mais c’est toujours présent, et c’est bien ainsi. D’autant plus que nous avons la même année connu notre premier cancer. Un rappel à l’ordre pour la demie-insouciante que je suis devenue. Mais rien à voir en même temps car elle fête les neuf ans de son fils alors que c’est mon petit-fils qui fêtera les siens en avril prochain. Dans ma hiérarchie personnelle elle devrait davantage s’en tirer pour quelques décennies au moins que moi. Méli-Lotus, tiens bon, et défoules-toi comme tu sais si bien le faire dans ce blogue exutoire et cadeau pour celles qui ne savent pas trouver les mots.

Blog de Mélilotus

« Alors c’est plus dur ou moins dur que lors de votre premier cancer ? »

C’est l’infirmière d’annonce, dans les premières minutes de mon TAS, 3 jours après LA nouvelle, qui m’a posé cette question. Je l’ai tout-de-suite détestée. Je l’ai vécu comme obscène et voyeur de la part d’un inconnu (tout soignant qu’il est). Elle m’a aussi mitraillé de questions tout aussi intime telles que : comment l’a vécu votre conjoint ? Et vos enfants ? Non mais de quoi je me mêle ? Alors c’est ça le TAS ?! Détecter, je présume, si la personne a besoin d’un psy ?
Entre 2007 (mon premier cancer) et 2016, il y a quelques nouveautés pour améliorer la prise en charge des patients… (cf plan cancer 2003-2009), dont le TAS Temps d’Accompagnement de Soins qui fait partie du dispositif d’annonce. Pour ma part, cela ne m’a rien apporté, à par une grosse…

Voir l’article original 527 mots de plus

Maman, où est passée la tête du monsieur?

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Pablo Picasso, Maya à la poupée, 16 janvier 1938, Huile sur toile, 73,5 x 60 cm Dation, 1979, MP170 © Succession Picasso Cliché : RMN-Grand Palais (Musée Picasso – Paris) / Jean-Gilles Berizzi

Figurez-vous, chers lecteurs-trices, que Princesse Rebelle n’a pas consacré tout son temps, depuis son dernier texte, à procastiner son prochain. Elle a, incidemment, loué sa plume et traqué la faute de français, armée de sa lorgnette, le temps d’une brève aventure de travailleuse autonome.

Que je vous raconte un peu. Retraitée de ma carrière principale en 2014, j’ai fait par la suite rédactrice-réviseure à temps partiel. Permettez que je m’autorise quelques digressions avant d’en venir au fait; après tout, ma rareté sur ce blogue depuis quelques années vous a bien laissé un répit, non?

Je n’avais plus travaillé à mon compte depuis l’âge de 25 ans, optant pour le service public à la façon de ma mère, agente de bureau au Gouvernement du Québec, et de ma grand-mère maternelle, institutrice d’une petite école de rang.

J’ai étudié tout en travaillant quinze années durant : envolée du nid familial dès l’âge de 17 ans j’ai cumulé DEC, Baccalauréat (= License) et Maîtrise dans un long marathon, auxquelles les joies maternelles se sont ajoutées en cours de route.

Au cours de ces années d’études, j’ai gravi les échelons professionnels un par un, de concours en concours, jusqu’à l’atteinte d’un poste qui comblait mes attentes, vers la fin trentaine. J’étais une fille de contenu, de recherches poussées et d’expertise.

J’ai adoré mon travail d’experte conseil et de formatrice, jusqu’en 2007. Une année de combat contre le cancer du sein m’a alors plongée dans un univers parallèle avec abonnement à temps plein aux salles d’attentes d’hôpitaux. Heureusement, je n’en ai retenu que les aspects réjouissants, tels la découverte de la science de l’oncologie, le retour à l’écriture et la chance que j’avais d’être entourée, et si bien. Je lisais jusqu’à 20 heures par jour à certains moments, because l’insomnie due aux traitements, intriguée, fascinée.

J’ai publié le présent blogue sur mon parcours à partir de juin 2007, participé à des groupes de recherche, au projet de maîtrise d’une kinésiologue de l’Univesité de Montréal, me suis entraînée physiquement avec acharnement. J’ai pratiqué le yoga avec d’autres patientes aussi chauves que moi. J’ai fait de la photo amateure malgré un modeste appareil automatique à l’époque. Je suis même devenue Mamie cette année là avec allégresse, certains s’en rappelleront.

J’ai connu virtuellement d’autres patientes blogueuses et échangé avec elles ; les GÉNIALES:

Isabelle de Lyon ( http://isabelledelyon.canalblog.com/ ),

Catherine Chavenko Cerisey ( https://catherinecerisey.com/ ),

Hélène Bénardeau ( http://lacrabahuteuse.fr/ ), 

Méli-Lotus ( http://blogdemelilotus.wordpress.com/ ) ainsi que

Magalie ( http://magsblog.com ) la jeune maman française vivant en Australie.

J’ai rencontré Sandrine et nous avons parlé de convalescer ensemble, chez elle, dans sa Provence, et depuis son sourire fait partie de ma vie.

J’avais lancé mon blogue sans attente, bouteille à la rivière tout au plus et si on me lit, tant mieux. C’est l’océan qui m’a retourné des centaines de missives, avec en prime des amitiés nouvelles.

Le retour au travail post-cancer, prescrit trop tôt, encore sous chimio, fut un choc traumatique. Mes repères s’étaient désintégrės, mes mentors avaient pris leur retraite… Dans un cours universitaire du début des années 80, on aurait parlé de « changement de paradigme » pour décrire ce qui était survenu à l’univers que j’avais quitté un an plus tôt.

Avec le recul, je crois que ce bouleversement n’était que l’arrivée, dans ma sphère professionnelle, d’une des tentacules d’un grand poulpe mondial sans visage. Je laisse à d’autres, plus compétents que moi, l’analyse de ce phénomène. J’ai toutefois noté en passant que les contenus n’avaient plus la cote.

Toujours est-il que, ma lorgnette sur le nez, je m’amusais bien à rédiger et à réviser des textes variés pour différents types de clients. L’expérience m’ayant pourvu de quelques notions dans un certain nombre de matières, je naviguais à l’aise.

Or un beau matin d’octobre 2015, les lettres se sont mises à sautiller sur mon écran, à changer de place comme des élèves espiègles, les g se déguisant en 8 ou en q, les u en o, les accents aigus en trémas, bref je n’y voyais plus guère. Mon premier réflexe fut de blâmer mes nouvelles lunettes de lecture, pourtant si mignonnes, toutes roses, puis l’affichage de l’écran, etc.

La semaine suivante, arrêtée au feu rouge derrière une autre voiture, me prend l’idée de regarder sa plaque d’immatriculation en fermant l’oeil droit (tout va bien), puis le gauche (là, apparition d’une étrangissime vision). La plaque d’immatriculation comportant six symboles, disons « ABC 789 », voilà que les quatre symboles du milieu sont disparus, ne laissant que « A / 9 », soit les symboles aux deux extrémités. Le reste a été littéralement englouti par le milieu!

Abasourdie, je répète l’exercice avec divers objets. Un passant marche de l’autre côté de la rue : si je ferme l’oeil gauche et fixe sa tête de l’oeil droit, cette dernière disparaît et je ne vois plus qu’un corps décapité poursuivant son chemin.

« Mamaaaan! Où est passée la tête du monsieur? » m’écriai-je mentalement.

Fixant l’affiche « Arrêt » ou la lumière rouge avec mon seul oeil droit, je ne vois plus que le poteau.Tout ce que je fixe de l’oeil droit, l’oeil gauche fermé, disparaît instantanément. Ce serait extrêmement rigolo…  si c’était temporaire. Alarmée, je laisse un message à mon cousin opticien.

« Vas immédiatement consulter à l’hôpital » me conseille-t-il, le samedi matin ensoleillé de son retour d’appel.

À l’instant précis où nous quittions, tous guillerets, la ville pour le chalet.

« Heu… là maintenant je ne peux pas, mais lundi sans faute j’appelle mon ophtalomologiste » réponds-je joyeusement en jetant mes bottes de rando dans mon sac.

« Non, non, tu dois aller tout de suite à l’urgence de l’hôpital Machin Chouette » affirme mon cousin.

« Quoi? Voyons, cousin, t’es pas un peu alarmiste là? ».

S’ensuivent des explications patientes où je reconnais les mots rétine, chirurgie et urgence.

Très contrariée dans mes projets, lesquels ne coïcidaient pas avec le décor d’une urgence d’hôpital, où la randonnée pédestre se pratique très peu, je concède :

« Bon, bon, je me rendrai à l’urgence de l’hôpital à la campagne dès que nous arrivons au chalet… »

« Non, non, tu dois absolument aller au Machin Chouette et être vue par un ophtalmo. Et n’attends pas, ils ont un laps de temps réduit pour t’opérer, si besoin est ».

« T’es absolument sûr que je ne peux attendre à lundi? »

« Ça dépend à quel point tu tiens à tes yeux… » répond Cousin imperturbable.

Mon amoureux, suivant mon côté de la conversation, a pigé qu’il y avait un os. Foutu le beau samedi en Estrie! Mais lui non-plus ne lésine pas en matière de santé (lorsqu’il s’agit de la mienne) et il prend le parti de mon cousin.

Ainsi, en deux temps trois mouvements je rencontre l’infirmière du tri, laquelle, plutôt que de me retourner à la salle d’attente pour un petit 12-13 heures, comme toute infirmière du tri qui se respecte, me fais voir illico le médecin urgentiste, lequel me dirige à un ophtalmo de garde, lequel me confirme un problème avec ma rétine et mon rendez-vous avec la rétinologue dès le lendemain…

Neuf mois et deux chirurgies à l’oeil plus tard, me voilà aujourd’hui avec quelques morceaux de tissu manquants additionnels. Le cancer du sein avait déjà laissé sa petite marque du côté droit de ma personne. Mon oeil droit a été récemment délesté de son vitré, lequel effectuait une traction sur ma trop mince rétine de grande myope. À la suite de  la chirurgie oculaire, ma rétine pouvait soit se reconstruire en deux mois, soit jamais. Devinez l’issue?

Mot pour mot, ma distinguée rétinologue, après examen de mon scan visuel et du trou persistant dans ma rétine, deux mois après la chirurgie :

 « La plupart du temps, la rétine cicatrise et les gens récupèrent une bonne partie de leur vision. Mais votre rétine est rebelle… »

J’ai éclaté de rire, mais elle est demeurée coite: « On va suivre votre oeil gauche de près…»

« Pourquoi ne pas l’opérer en prévention? » demandons-nous à l’unisson, amoureux et moi.

« Impossible, chaque chirurgie comporte le risque que vous perdiez l’oeil, rappellez-vous. »

Alors, là ! Mais c’est que j’y tiens à mon restant de vision entièrement lié à l’intégrité de mon oeil gauche! Déjà très myope, il poursuit néanmoins son travail, aidé par la technologie du verre contact. La maladie y est déjà perceptible au scan, mais sans symptôme visuel pour le moment. Un petit répit de 20 ans me conviendrait assez, je dois dire! Parcequ’avec une vision à gauche équivalente à celle de droite, c’est la quasi cécité, et encore heureux si je discerne vaguement les doux visages de mes petits-enfants.

J’ai tenté de poursuivre la rédaction et la révision. Malgré l’agrandissement maximal des documents, l’optimisation du contraste, l’utilisation d’un écran géant, je dois me résoudre à trois constats :
– Il m’est devenu pénible et épuisant de faire de la révision linguistique;
– Réviser me prend trois fois plus de temps qu’avant;
– Je ne peux plus garantir la qualité de mon travail.
Je me retire donc de cette activité et ne réviserai dorénavant que bénévolement, pour la famille, avec mise en garde d’erreurs possibles et besoin de délais raisonnables pour reposer mon « oeil valide » de chaque séance.
J’aspirais à lire sans fin à ma retraite. Je me destinais à une boulimie littéraire et à écrire à toute heure du jour, depuis mon refuge campagnard, entre quatre murs chargés de bouquins du plancher au plafond. Je ne lis désormais que sur le Ipad en mode liseuse, avec les lettres si agrandies que chaque page contient trois phrases, le nez littéralement collé à l’écran et pour de courtes périodes. Habituellement je finis réveillée en sursaut par un coup du Ipad qui s’est jeté sur mon nez.
J’anticipais aussi de fréquenter mes musées préférés jusqu’à plus soif, d’en découvrir quelques autres au bras de mon amoureux et de vivre à fond cette passion commune que nous conduit de musée en musée. Mais comment méditer devant des oeuvres distordues par deux rétines rebelles? Saurai-je pallier à cet écueil et imaginer ce que je ne pourrai plus voir?

Une réorientation de retraite, cà existe? Doit bien se trouver quelque part quelques passions de rechange pour une future malvoyante? Je m’inquiète peu: je fouillerai dans ma boîte à malices et en extirperai de nouveaux projets.

Quant à la rédaction de mon blogue, je ne sais pas… et si, pour le moment, j’écrivais d’un oeil? Si j’acceptais de faire des fautes et de mettre un temps fou à rédiger, se trouverait-il deux ou trois bonnes âmes pour m’aider en me signalant fautes et coquilles et
pour continuer à me lire 🙂 ?

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Ma nièce Rachel et moi à San Diego Califormie, où elle habite et travaille. Elle est une scientifique, biologiste marine et militante pour la sauvegarde des océans. Je ne sais si elle tient son esprit sciemtifique de nos ancêtres communs, mais c’est une caractéristique que je partage avec elle et avec ma fille, malgré le fait que ma formation soit toute autre.

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Date de dernière modification  : [15/03/2016]